Il ne faut pas confondre liberté de penser et moutonnisation : pourquoi les chanteurs d’aujourd’hui détruisent la musique et votre personnalité.

Si vous me connaissez dans la vraie vie, il est fort possible que vous m’ayez déjà entendu prononcer des propos peu sympathiques envers les gens qui écoutent de la musique moderne. Pour vous situer, quand je dis “musique moderne”, je veux dire Lady Gaga, David Guetta mais aussi Justin Bieber, Demi Lovato (pour ne citer qu’elle) et tous les rappeurs qui n’ont rien à dire mais s’expriment quand même (du genre Flo Rida). Que ce soit clair dans l’esprit de tout le monde : ces “musiciens” tuent la musique, et la culture.

Serais-je devenu fou, pour m’attaquer à l’un des DJs les plus connus de la planète et à l’adolescent le plus populaire auprès des jeunes demoiselles ? Des gens qui, tous ensemble, ont sûrement vendu plus d’un milliard d’album ? Et puis, si ça marche, ce n’est pas qu’au fond ce n’est pas si mal ? Et de quel droit ose-je vous dire “arrêtez d’écouter ça c’est de la merde en boîte”, puisque tous les goûts sont dans la nature et qu’aujourd’hui, en France au moins, il paraît qu’on a le droit d’écouter ce qui nous plaît ? Tout simplement parce que ces gens, si célèbres soient-ils, tuent la musique, la culture et votre personnalité. Et puis si je pense ça, ne suis-je pas le seul, et ai-je le droit de publier un article pour dire ce que je pense alors que je me trompe peut être ? Oui. Parce que j’ai raison, et parce qu’ici c’est chez moi. Et même si je sais que la perception de la beauté de toute chose est totalement subjectif, encore plus pour la musique, mais même si je comprends que des gens puissent apprécier ce qu’ils font, il y a un point que je veux montrer sur lequel vous ne pourrez pas dire que j’ai tort.

La musique marketing

Que ce soit clair, je le dis encore une fois, je n’ai rien contre Lady Gaga et David Guetta (enfin si mais on va dire que non). Ce que je déteste chez eux est la dérive qu’a pris leur travail : il ne font plus de la musique par amour de cet art, mais dans le seul but d’en tirer profit (et plus y’en a mieux c’est, comme pour tout). Ils considèrent que la musique n’est pas une fin en soi, c’est juste un moyen d’atteindre quelque chose d’autre : les sous sous.

Il ne faut pas confondre la musique marketing avec la musique commerciale, attention. Cette dernière peut aussi être de la musique marketing, mais pas essentiellement. Elle a été faite pour être diffusée largement à la radio et pour être aimée, et pour avoir du succès, mais son but principal est – heureusement – pas de faire de l’argent, mais de l’art.

Et attention encore une fois, le marketing n’est pas mauvais pour la musique (non c’est même très important), je ne dis pas non plus que les artistes ne devraient pas gagner leur vie en faisant de la musique (sinon ce serait pas un métier et ça n’existerait plus depuis longtemps). Ce qui est mauvais, c’est la musique marketing, la musique qui n’est là que pour rapporter gros. Et le pire c’est que ça peut avoir d’énormes conséquences sur le reste de la musique, la vraie.

Quatre accords = une chanson

En plus de reléguer la musique au rang de simple outil et donc de supprimer sa vraie nature (celle d’un art), la musique marketing est une aberration. En effet, si son but est de générer un max de fric, elle se doit d’être universelle (en tout cas le plus possible) pour toucher le plus de victimes possibles. Comment faire ça ? Simple. Aplatissez le produit, rendez le vide de toute personnalité et de toute originalité. Et là vous avez LE produit qui marche sur tout le monde, le produit qui rapportera : le produit simple. Non, pardon. Le produit basique.

La musique marketing est faite pour plaire aux masses, et si elle est vide, et plate, sans aucun ressenti, ce n’est pas par manque de possibilité (quoi que…) ni par défaut, mais vraiment par choix. Un truc simple : imaginons que vous aimiez la house music (oui vous êtes bizarre) et que votre voisin aime l’électro. Si on engage deux artistes, il faudra payer des trucs aux deux, des designers, des pubs, des concerts, des goodies… Si jamais vous en engagez un, d’artiste, qui mélange les deux en aplanissant la musique au maximum, vous baissez de 50% votre coût de production, et en bonus track vous avez deux fois plus de personnes. Et vous vous faites un max de thune !

C’est pourquoi les producteurs (toujours eux quand y’a des problèmes) utilisent sans arrêt, et sans aucun scrupule la même recette extrêmement simple pour générer à bas prix des tubes (rappelons au passage que le terme “tube” était à l’origine dédié au morceaux sans intérêt, il reprend aujourd’hui tout son sens); grâce notamment à quatre accords, quatre accords qui ressortiront toujours selon le style de musique que vous composez (si on peut ma foi encore parler de composition dans notre cas, je dirais plutôt “que vous fabriquez”). Il n’y a aucun élan artistique, aucune différence mise en avant, aucune super idée. On a trouvé les quatre accords, on les met partout, on fait de l’argent. Suffit de trouver les “ambassadeurs” de ces nouveaux styles (ou pas) pour les mettre en avant. La preuve ? PV Nova (cherchez sur YouTube, c’est un jeune fan de musique qui fait des “expériences musicales”, des vidéos où il reconstitue des sortes de copies de tubes sortis récemment) qui est apparemment très courageux, a déchiffré les accords des soixante “meilleures” chansons clubs qui ont été créées ces dernières années. Résultat ? Quarante-cinq étaient composées des accords Fa, Sol, La mineur et Do. Trois fucking quarts des chansons étaient exactement les mêmes. Le reste ? Ah, sûrement des erreurs.

Bien sûr, après il faut se faire remarquer, en effet, ce n’est pas donné à tout le monde de se dire “tiens je vais faire de la musique [jeune|moderne|merdique|insert something here]“. Ah si, pardon. Il faut juste se faire remarquer, après broder autour des quatre accords. Même si à première vue, et pour les non musiciens d’entre nous, ces chansons peuvent être foncièrement différentes, sur le fond, ces morceaux sont d’une pauvreté hors du commun. Fa Sol La m Do , vous pouvez composer un morceau. Ca rime et c’est facile, à vous de jouer !

Ce n’est pas fini !

En cherchant encore un peu, on se rend compte que Lady Gaga et David Guetta (oui encore eux, c’est surtout eux que j’ai regardés pour ce point) sont très doués pour faire rentrer la musique dans un cadre totalement et seulement pécuniaire. Et même si les deux artistes ont un style bien différent (autant pour la musique que pour leur image), ils ont tous deux mis au point des techniques magistrales pour faire tourner leur affaire comme des pros.

DJ

En ce qui concerne mon ami David, il a pensé à quelque chose de très ingénieux digne des plus grands escrocs. En effet, les chansons internationnalement connues et signées “David Guetta” sont pour la plupart composées par… pas lui. Qui a composé les 90% de ses trois premiers albums ? Lui même ? Perdu. C’est Joachim Garraud. Non moi non plus je ne le connais pas. Il se fait adorer, il gagne de l’argent et est pris en modèle grâce à des morceaux qui ne sont pas les siens. Niveau musique, c’est un zéro absolu (-273°C environ), mais sur le plan économique c’est un vrai genius.

En économie, on appelle ça l’externalisation, ou le sous-traitement plus souvent. L’entreprise A dit à l’entreprise B de faire quelque chose pour elle. Pourquoi ? Parce que c’est pas le boulot de l’entreprise A. HTC délègue par exemple le SAV à Cordon Electronics parce que c’est pas le rôle de HTC de réparer ses modèles, lui il ne fait que donner de l’argent. David Guetta copie dit aux autres de créer sa musique, lui il se contente de la vendre. C’est l’investisseur et le producteur. Mais malgré tout, ce qu’il sort sur ses disques lui revient de droit (d’auteur), et ainsi il gagne du fric sur le dos des autres. Suffit qu’il mette son nom dessus et le tour à est joué. Well Done David !

Le cas de Lady Gaga est légèrement différent. En effet, elle joue du piano, et puis participe à la création de ses chansons. Mais comme notre autre ami, elle cherche à faire entrer la musique dans un procédé marketing. La différence c’est qu’elle n’utilise pas la même technique : elle utilise principalement la communication et la publicité. Tout occasion est bonne à prendre pour parler de soi et faire parler de soi et seulement après de sa musique. En gros, quand on aime Lady Gaga, on ne l’aime pas pour sa musique, on l’aime pour ce qu’elle est et sa manière d’être. C’est ni mauvais ni inefficace, mais c’est simplement ridicule quand on dit après “Lady Gaga fait de la bonne musique”. C’est comme si on aimait George Lucas pour sa personnalité. Aucun sens, n’est ce pas ? Certains diront que ça permet aux artistes tels qu’elle de se créer une aura, un univers bien à eux ou encore une personnalité à afficher en public (et pas forcément vraie…), moi je dis surtout que c’est un moyen très simple de… cacher qu’en fait, la musique que l’on fait est loin d’être ce qu’il y a de mieux. Ne dites pas le contraire : si ce n’était pas le cas, elle montrerait d’abord sa musique puis parlerait ensuite d’elle. D’autres artistes l’ont fait avant elle, en ce qui concerne l’univers et la bulle, la différence c’est qu’eux avaient du contenu, du talent, bref : de la musique à montrer une fois qu’on avait épluché sa personnalité.

“Ouais mais moi de toute façon, t’sais, j’me laisse pas influencer, j’écoute c’que j’veux”

Je crois que j’ai abusé des apostrophes. Non vraiment. Vous allez sûrement vous dire, et me dire, que je vais très loin pour des choses qui au final, ne font de mal à personne, que même si ils le font, vous vous en foutez parce que vous, vous êtes indépendant de tout ça. Et si au final ils sont des businessmen plutôt que des musiciens, ça ne regarde qu’eux et leurs fans.

C’est vrai. Et je vous aurais sûrement dit “oui” si le matraquage médiatique de leurs chansons n’était pas si important. Je comprends parfaitement qu’un artiste ait à communiquer, et ce même à outrance, pour attirer le public, et le nouveau public (toujours plus, n’est ce pas ?), mais il y a une différence entre communiquer pour attirer des gens et se faire connaître et communiquer et publiciter (non non cherchez pas c’est pas dans le dictionnaire) pour forcer les gens à les écouter. Ces chansons sont présentes dans tous les médias, et représentées partout. Comment pouvez-vous prétendre que vous avez la liberté d’écouter ce que vous voulez alors que trois quarts, et peut être même plus, de la musique diffusée en masse est la même ?

C’est ça qui me dérange le plus, au delà de leur lacune de talent : c’est tellement diffusé partout, tout le temps, pour tout le monde, que les gens, qu’importe leur âge, finissent par accepter cette musique, et finissent même par accepter que ce soit la norme de ce qui se fait dans leur monde contemporain. Et il y a pire : il arrive même qu’ils l’apprécient. Oui, à force de répéter ça rentre dans la tête et ça n’en sort plus, et à tel point qu’on veut à nouveau l’entendre, et encore, et encore. Même si on aime pas, c’est juste pour entendre à quel point on l’aime pas, sans avouer qu’on est fan de ça, alors qu’au départ on était de fervents détracteurs.

Couloir

Imaginez…

Imaginez vous dans un monde où tout, mais absolument tout, ce que peut diffuser, diffuserait la même publicité tout le temps : une publicité pour une marque de téléphone. Ces téléphones ne seraient pas révolutionnaires, pas bas de gamme, et il y en aurait pour tous les goûts. Maintenant imaginez devoir changer de téléphone : vers quels modèles iriez vous de vous même ? Vers la marque dont personne n’a jamais entendu le nom, que personne n’utilise et qui est presque en faillite à cause du manque d’acheteurs ? Ou vers la marque avec de la publicité tout partout qui paye pour avoir des stands spéciaux pour ses modèles et même des gens pour les présenter ? Sans parler ensuite de l’acceptation de votre personne dans la société : un être qui aura voulu choisir quelque chose d’inconnu alors qu’un égal connu existait, et aimé par des millions de personnes… Vous seriez peut-être rejeté ! Maintenant faites le parallèle avec la musique.

Bien sûr, vous avez le choix de choisir ce que vous voulez comme téléphone, mais au final, l’avez vous vraiment ? Ajoutez à ça que ces téléphones ont été faits avec une ergonomie adaptée au plus de personnes possible, de l’ado de treize ans au vieillard de quatre-vingt en passant par la ménagère de cinquante ans ? Vous comprenez maintenant le succès de la musique marketing ?

C’est là l’autre danger de la musique marketing : elle retrécit vos choix et vos perspectives musicales en vous imposant un style – voire un artiste – unique. Sans parler des gens vraiment méritants qui disparaissent de l’esprit des gens et des médias alors qu’ils devraient figurer tout en haut du hit parade. Trouvez-vous normal qu’il faille chercher des heures sur Internet pour trouver de la musique de qualité qui vous plaise, alors que Justin Bieber et Sexion d’Assaut passent en boucle sur NRJ ?

Ouais mais si elle est en haut des tops, c’est bien que les gens la réclament cette musique, non ? C’est bien qu’elle le mérite et que y’a de la demande ?

Ah ah. Lawl. Tu croyais… Les gens veulent toujours gagner de l’argent et les radios n’échappent pas à la règle… Plus tu payes, plus tu passes. Les gens croient que ça passe parce qu’il y a de la demande et ainsi créent de la demande… C’est un cercle vicieux (ou vertueux, suivant le point de vue).

Et alors ? D’accord les talentueux sont relégués au second rang, d’accord les non-méritants sont devant et nous lobomisent… Mais sincèrement, qu’est ce qu’on en a à foutre ?

Il existe une autre conséquence de la musique marketing, et celle ci bien plus importante et dangereuse que l’autre (oui après tout la culture de dix millions de personnes, peut être un peu plus, qui ça intéresse ?)… C’est que cette musique marketing, en supprimant les autres et en se faisant apprécier, uniformise la culture populaire et générale. Aucune originalité, partout la même chose, et ce dans chaque cerveau de chaque être humain dans la case répertoriée Musique.

Clé auschwitz

Mais ce n’est pas tout. Vous le savez sûrement, les nouveaux genres musicaux ne sont que des évolutions d’autres (oui oui, Jacques Brel est une évolution de gens qui tapent sur des cailloux). Le rock’n’roll est une évolution du blues qui a eu lieu en accélérant le tempo général. Le reggae est une évolution du Rythm’n’blues. Mais alors comment peut on faire évoluer un genre musical qui ne présente aucune originalité et qui reste totalement fixe au cours du temps ? Comment faire une évolution d’une musique toujours identique ? Y-a-t-il un avenir pour cette musique ? Peut on dire qu’il y a un avenir pour la musique, puisque tout a tendance à s’uniformiser et à créer un genre majoritaire et universel ?

Plus que la destruction de tout intérêt de la musique, il y a ici et maintenant quelque chose d’imminent : la régression de la culture. La musique est un élément de culture essentiel. Chaque genre de musique a influencé l’histoire et a permis d’exprimer un message, en tout cas le plus souvent : le blues a montré la condition du noir américain du dix-neuvième siècle, le rap le soulèvement des du Bronx et le jazz a permis le mélange des cultures occidentales et orientales (plus précisément africaines).

Mais j’ai une question à vous poser. Une seule qui va peut être vous faire changer d’avis sur ce que vous pensez depuis le début de l’article. Depuis que vous écoutez cette merde quotidiennement. A quoi peut bien servir une musique qui ne porte aucun message, qui n’a rien à dire, aucune valeur artistique ou historique ? Et, en général, n’ayant aucun but. La réponse est claire, nette et simple : la musique ne sert à rien, et qui plus est est privée de sa dimension sociale et culturelle.

Il faut conclure un truc de cet article qui m’a pris du temps à lire ?

Je sais que ça a été long, c’est même mon plus long article à ce jour. Mais j’ai vraiment voulu que vous compreniez pourquoi vous vous devez d’arrêter d’écouter ça à longueur de journée. Pourquoi vous devez changer et vous rebeller contre ça. Ceux qui pensent encore que la musique de ces artistes est importante, que leurs chansons niaises portent un message et qui trouvent que je parle pour ne rien dire (peut être quand tu m’écoutes tu as envie de rire), et qui pensent que je ne suis que jaloux de ces personnes qui sont de sombres [abrutis|crétins|insert something here], car comme l’a dit quelqu’un pour Apple, celui qui sait que quelque chose est le mal et ne fait rien pour le détruire et un pauvre con. Un mouton. Il est consternant et simplement horrible de voir ce qu’est devenue la musique aujourd’hui, comment elle est passée d’un des plus grands arts à un simple outil économique. En attendant, je suis fier d’écouter ce que j’écoute, des musiques vibrantes d’émotion, porteuses de messages ou simplement sublimes, et je vous laisse écouter vos chanteurs produisant quelque chose d’aussi vide intellectuellement que la timeline d’un(e) kikoo sur Facebook.