Lucy, un film un peu con. Non, en fait, pas qu’un peu.

Difficile de rater la sortie de Lucy dans les salles ces derniers temps, n’est-ce-pas ? Effectivement, on nous a, pendant tout l’été, assommé de publicités et d’affiches du nouveau chef d’oeuvre de Luc Besson, film franco-américain (cocorico), qui a au moins ça de bien (comprenez Luc Besson, pas qu’il n’aime pas la France, mais un film seulement français aux Etats Unis ne fait pas cinq minutes). Bref, devant l’euphorie et l’engouement généraux qui se sont produits, je sentais déjà le film qui fleurait bon le “oui c’est philosophiques dans le fond… non ? Mais si, si on vous le dit enfin ! Passez moi vos cinq euros en plus qu’on rembourse les effets spéciaux”. Mais heureusement, dans le but d’être le plus objectif possible, j’ai décidé de chasser de mon esprit ces idées réalistes subjectives du film, afin de le regarder et de pouvoir en profiter comme il se doit. Après tout, j’avais été agréablement surpris par Hunger Games, voyez-vous (sans dire que j’ai adoré, hein, faut pas déconner non plus), alors pourquoi un film non fait pour les ados de seize ans ne serait-il pas, lui aussi, une incroyable bonne surprise ? Bah la réponse est simple : parce qu’il n’a pas été fait pour des ados de seize ans.

Bref, arrêtons-là nos histoires pour nous attaquer à cet étron ce chef d’oeuvre du septième art que nous présente Luc Besson avec Scarlett Johansson en guest star. Attention, c’est plein de spoilers, faites gaffe.

Allons-y !, comme dirait David Tennant, voyons ça. Pour tout vous dire, ce qui m’a le plus donné envie de voir ce film, c’était ses critiques positives. Si vous voulez, j’aime rire des critiques élogieuses des “professionnels” pour le dernier Transformers, par exemple, dont je me demande toujours si c’est une blague ou un pot de vin. Ou un coup de vodka de trop, allez savoir. Là, quand j’ai vu Twitter s’affoler, Durendal pleurer (enfin, lui je l’ai découvert y’a environ une heure, d’ailleurs c’est voir à quel point ce “cinéphile” était bouleversé qui m’a donné envie d’écrire cet article là, maintenant), et la presse dire “ouais c’est pas un film juste pour l’action. Non, il y a une véritable portée philosophique derrière lui. C’est magnifique. et bla bla bla.” que je me suis dit qu’il était grand temps de réparer mon erreur : ne pas avoir Lucy. Bref, je prends le premier lien trouvé sur Zone Téléchargement et let’s goNon, pas de cinéma, y’avait plus de place (film philosophique … bla bla bla … magnifique … bla bla bla … Scarlet Johansson … bla bla bla).

Lucy C'est du génie

Voyez-vous, dès que j’ai vu ces deux tweets, j’ai eu la profond envie de répondre “t’inquiète, toi tu seras dans mon prochain article”.

Et cette fois, sur cette belle critique objective et courageuse, allons-y. Vraiment.

Le film commence avec un magnifique dialogue entre Lucy et son petit ami de la semaine (si. SI.), qui lui demande gentiment d’aller apporter une mallette contenant quelque chose que il sait pas ce que c’est à un gang dont le patron est très méchant en haut d’un hôtel de luxe de Taïpeï. Mmh. Déjà ça me semble pas une excellente idée pour un gang de s’installer dans le dernier étage d’un grand hôtel de Taïpeï, mais bon, j’y connais rien. Et c’est après dix minutes de ce débat basé sur “je veux pas y aller / mais si tu vas voir c’est cool” que le petit ami décide purement et simplement de menotter Lucy à la mallette, prétextant comme raison de ne pas la détacher que seul le patron de là haut a la clé. C’est con. Bref, elle y va (parce que, non, elle se dit pas que c’est suspect, qu’elle l’a mal choisi celui-là, et qu’elle trouvera bien une scie à métaux chez le Bricorama du coin), entre aussi discrètement possible dans l’hôtel (aussi discrètement qu’il est possible de le faire avec une mallette remplie d’un élément inconnu attaché au poignet) et demande monsieur Chang, ou Jang, aucune idée, à la réception. Ce dernier lui demande sans arrêt qui elle est, ne voulant pas lui répondre (ou trouvant que “Lucy” suffira comme identifiant), il arrive avec quelques hommes en colère dans le hall (oui, pas en colère à cause de Lucy, non, parce qu’on leur a dit d’arrêter leur partie de belote pour aller descendre un mec en bas). Parce que, oui, j’y viens, la première chose que les hommes font en arrivant là bas, c’est assassiner froidement le pauvre petit ami qui n’avait rien fait de mal à travers la vitre de l’hôtel sous les regards de quelques dizaines de personnes. Pas mal, pas mal. A partir de ce moment, on peut déjà deviner que monsieur Jang est un véritable génie du mal qui pense qu’éliminer les gens sous les regards des caméras c’est mieux que de le faire discrètement dans la chambre. Mais on n’est pas – vraiment – à ça près. Il emmène – tout aussi discrètement – Lucy dans sa chambre et lui explique (après une scène de “ouvre la boîte pour vérifier que c’est pas une bombe absolument palpitante et imprévisible”) qu’il a du travail pour elle. Alors qu’elle lui répond non, il préfère l’assommer pour lui expliquer que, lui, trouve que son offre est très alléchante. Et blanc. Ou noir. En tout cas, et plus rien du tout.

On retrouve Lucy quelques temps après sur un lit, dans un hôtel, en sous-vêtements (parce qu’il faut bien que Scarlett serve à quelque chose, ne nous voilons pas la face), mais surtout avec un gros bandage tout rouge sur le ventre. Comme les hommes de Jang sont super synchro et tout, ils ouvrent la porte pile quand elle se lève, et l’amènent dans la pièce principale où Jang lui explique son plan maléfique. Enfin, non, pas Jang en fait. L’associé anglophone de Jang. Qu’il n’a pas pensé à appeler avant pour faire l’interprète avant (c’est vrai que pour parler de choses aussi illégales qu’un trafic de drogue dangereuse, il est plus sûr d’appeler la réception pour la traduction. Oui. Vraiment). Décidément, il m’étonne de plus en plus. Je reprends : l’associé explique donc que ces quatre personnes ici présentes, en comptant Lucy, vont être chargées de jouer les mules pour le groupe mafieux, afin d’exporter la drogue dans quelques pays occidentaux (mais pas plus d’un sachet par pays hein). Et c’est un travail très bien payé : s’ils réussissent, il restent en vie, ainsi que leur famille. Autrement, l’histoire ne le dit pas. On leur donne donc leurs faux passeports et leurs billets d’avion pour les quelques états européens destinataires. Et zou.

Et là… surprise. Je suis peut-être totalement con. Mais c’est une des scènes les plus importantes du film, et c’est aussi l’une des plus incohérentes. On retrouve Lucy assise sur une chaise, dans un endroit que… on sait pas vraiment où c’est. Au cas où vous l’auriez oublié, celle-ci était censée prendre l’avion pour la France et être vidée de son colis arrivée là-bas par des copains de Jang. Mais elle n’est pas en France, et pas à l’aéroport, alors que justement on les y a amené en taxi. Là, deux hommes à l’air très sympathique lui expliquent qu’ils sont très intéressés par elle, et quand notre héroïne leur explique qu’elle a déjà un amoureux – même s’il est mort – et que donc elle n’a rien à faire de leurs avances, ils décident de la tabasser à coups de pieds. Soit. Alors expliquez-moi. Au langage, ça ressemble à du chinois. Logiquement, ils savent qui elle est, autrement comment l’auraient-ils récupérée ? Mais outre le fait qu’elle n’a rien à faire ici, ils ne se disent pas que donner des grands coups de pieds au colis qu’elle transporte n’est pas forcément une bonne idée ? Ils doivent n’utiliser que dix pour cents des dix pour cent de cerveau qu’ils ont… J’imagine. Et là, surprise. Alors que les deux messieurs s’éloignent, fâchés et boudeurs de la belle, le contenu du sachet qu’elle a dans le ventre se déverse dans celui-ci, déclenchant une bonne raison de mettre des effets spéciaux moches. Mais si, vous savez, le genre de choses qu’on pourrait voir dans une pub pour un médicament, genre tout l’intérieur de son corps et rouge, et on voit des particules le rendre bleu. Et ça dure. Encore. Et encore. Et après… enfin pendant… elle s’envole. ELLE S’ENVOLE. ELLE S’ENVOLE PUTAIN ?

Parenthèse.

En fait, on ne suit pas que Lucy, on suit également Nelson Mandela Gordon Morgan Freeman qui est, dans ce film, pas un président sud africain, mais un chercheur sur le cerveau humain et ses capacités. Comme j’ai la flemme de faire alterner les deux (et que mes souvenirs se troublent), je vais vous le faire simplement. Selon lui – enfin selon le scénariste – lorsqu’on utilise plus de dix pour cents de son cerveau, on ne devient pas que plus intelligent. Non, on développe des capacités surhumaines. Comme voler. Comme contrôler les autres. Comme contrôler les objets. Comme pouvoir créer de la matière, mais ça on y reviendra plus tard. Je veux bien que le film soit une fiction – et je dirais encore heureux que Luc Besson n’essaie pas de nous le faire passer pour un docu-fiction… – et que tout le monde sache maintenant que l’histoire des dix pour cents est fausse, mais il y a des limites. Et tout aussi l’humain puisse être, je doute qu’il puisse rivaliser, niveau force, avec les forces fondamentales. Dont fait partie indirectement la gravitation terrestre. Donc, non, Lucy, tu ne peux pas t’envoler.

Parenthèse fermante.

Bref, une fois que son tour de voltige et d’effets spéciaux kitsch est fini, elle retourne à ce qu’elle doit faire. Partir. Alors elle attend l’un des hommes qui avait justement envie de venir voir comment elle allait, et alors qu’il approche, elle utilise sa super force physique et mentale pour attirer une table à elle avec une gaine, ou un câble qui n’a rien à faire là, et écraser l’homme. Elle se détache immédiatement et prend le pistolet du monsieur. Elle tue tout le monde froidement, et prend un petit déjeuner (parce qu’on déconne pas avec ça). Attendez, je vous ai dit qu’elle s’est pris une balle dans l’épaule et qu’elle l’a retirée comme ça, avec ses doigts ? Non ? Bah maintenant, si. Une fois cela fait, elle sort, tue froidement encore une fois un chauffeur de taxi lui expliquant en anglais qu’il ne parle pas anglais, et prend le taxi de celui d’à côté qui s’est subitement découvert un don inné pour la langue de Shakespeare. La destination est l’hôpital. Why not. Là, tout le monde se dit qu’elle va aller leur demander gentiment de faire un truc pour le trou qu’elle a dans le corps. Bah non. Elle traverse la moitié de l’hôpital avec son pistolet, tue un malade en train d’être opéré sous prétexte que “de toute façon il était condamné”. Oui, elle lit dans les gens à distance. Donc… ok. Elle demande gentiment à un docteur à peine terrifié de lui enlever son sachet de drogue, ce qu’il fait, pendant qu’elle appelle sa maman. Passons ce dialogue qui la ferait plus passer pour une droguée que pour une génie (qui a dit “l’un n’empêche pas l’autre ? parce que dans ce cas, si.”), et concentrons nous sur le fait qu’ils font ça sans anesthésie. Ca doit être la capacité du cerveau à se contrôler. Et le trou dans l’épaule ? Mais non, ça va repousser enfin. D’accord. Elle sort de l’hôpital comme elle y était entré, et se dirige vers le QG de son nouveau pire ennemi.

Arrivé là bas, elle tue tout le monde (sans recharger, hein, pas une seule fois depuis son évasion, alors qu’elle a déjà pas mal de morts à son actif. Jamais), même à travers les murs (qui a dit “wallhack” ?), et arrive devant monsieur Jang, en train de se faire tatouer, ou masser par une jeune femme, le tout les yeux fermés. Ca tombe bien, se dit-elle, en demandant à la tatoueuse d’aller se cacher ou de fuir, ou les deux, pendant qu’elle la laisse s’occuper du cas du client. Elle sort donc silencieusement deux magnifiques couteaux de combat qu’elle a dû acheter à la droguerie en passant pour venir. Soit. Et elle les plantes dans la main du méchant. En lui demandant où vont les autres mules. Bien entendu, elle ne lui demande pas, non, elle lit dans ses pensées en faisant la connexion avec ses doigts, et voit non pas dans les pensées du chinois, mais bien dans les pensées des coéquipiers – sans doute morts à l’heure qu’il est – de celui-ci. De mieux en mieux. Et elle repart sans enlever les couteaux des mains, et surtout, le meilleur : sans tuer Jang. C’est vrai qu’arrêter là le massacre – du film, je veux dire – serait un peu comme ne mettre deux chansons sur un CD de Justin Bieber. C’est un bon début, mais pas assez.

Ensuite, elle rentre chez elle. Là, elle voit sa colocataire qui est en train de prendre une douche et ne se pose pas de question quand à la blouse d’hôpital et la tache rouge sur le tee-shirt. Ce serait trop simple. D’un coup d’oeil, Lucy remarque que son amie risque de mourir – et vite – si elle continue à vivre comme ça et lui propose de changer de façon de vivre, de boire moins, et toutes ces choses plus rigolotes que de vivre, j’imagine. Elle tape donc une ordonnance en chinois (oui, langue qu’elle vient d’apprendre entre l’hôpital et la maison), et prend le téléphone.

Et là, c’est le drame.

Je sais, on va me dire que c’est de la fiction, mais désolé, je ne peux pas. Elle appeler Gordon, non, merde, Morgan Freeman (aussi appelé professeur Norman, mais ce serait trop de noms différents pour le même personnage, ça vous embrouillerait), pour lui expliquer son cas. Il lui répond que toute son histoire de capacité du cerveau, de drogue et tout est bien intéressante mais que bon, il n’a pas que ça à faire, et puis… il ne la croit pas vraiment. Et là c’est vraiment le drame. Lucy apparaît sur la télé. Sur l’ordinateur. Et sans doute sur autre chose. Vous savez, ça peut paraître incroyable, mais j’ai eu honte en voyant cette scène. Petite question : comment ? COMMENT ? Ah, le cerveau. Oui. Mais comment le cerveau peut-il générer un flux d’image numérique d’un point de vue qui n’est même pas le sien, l’encoder et l’envoyer pile aux bons endroits et, en plus, d’allumer et d’éteindre les appareils qui sont sans doute à des milliers de kilomètres ? Si vous avez répondu “bah c’est pas possible.”, vous avez gagné. Félicitations. Si vous avez répondu “mais personne s’en rend compte, de ça”, comme Luc Besson, félicitations, vous êtes con. Même le plus attardé des STMG trisomique et autiste pourrait vous dire que ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible avec un circuit électrique, et donc encore moins avec un cerveau, aussi évolué soit-il. Mais du coup, Freeman la croit. Personnellement, j’aurais plutôt crié à la caméra cachée, mais lui il est assez con pour y croire (qui a dit “c’est parce qu’il est noir” ? Parce que c’est raciste. Et pas drôle.) et du coup la croit. Par contre il ne la croit pas quand elle lui dit qu’elle a lu l’intégralité de ses recherches (trois mille et des poussières). De un, généralement, si on a le temps de les écrire dans une vie, on a le temps de les lire. Et de deux, trois mille pages, c’est plus ou moins dix livres moyens. C’est loin d’être énorme. Mais finalement, avant de la quitter, le professeur lui recommande de faire “comme ce que chaque cellule qui n’a pas décidé d’être immortelle fait” : transmettre l’information. Et donc, Lucy décide de retrouver les autres mules pour récupérer leur drogue, la consommer, arriver à cent pour cents d’utilisation de son cerveau, et sauvegarder tout ça dans… dans une clé USB (mais on y reviendra plus tard).

Du coup, elle se rend à l’aéroport et appelle la police française. Pourquoi française étant donné que c’était elle seule qui était supposée aller en France ? Bonne question. Toujours est-il qu’elle appelle le capitaine Del Rio en France, et qu’elle lui dit qu’elle a besoin qu’il arrête des gens qui rentrent dans les quatre coins de l’Europe pour qu’elle puisse récupérer la drogue qu’ils transportent. Mmh.

  1. C’est pas du tout suspect, hein. Et pas du tout illégal non plus. Vraiment, demander à un flic d’arrêter des gens pour pouvoir récupérer leur drogue et surtout pour des expériences personnelles n’est pas forcément une idée brillante. Hein, ou alors c’est trop intelligent pour moi.
  2. Pour le convaincre de le faire, elle lui dit de prendre des notes sur le petit bout de papier derrière lui avec le stylo rouge posé sur son bureau. COMMENT ? COMMENT PEUT-ELLE SAVOIR CA ? Par télépathie ? Non, parce que je sais pas mais non, ce n’est pas possible. Déjà la télé c’était moyen, mais là carrément matérialiser une caméra à l’autre bout du monde et y accéder c’est carrément con.
  3. Elle lui envoie ensuite par e-mail les photos des passeports des gens à arrêter. Parce que, oui, elle avait les photos sous la main et que, oui, son cerveau a la 4G.

Del Rio Lucy

Voyez ici le capitaine Del Rio, qui a une belle tête de vainqueur.

Lucy continue donc sa folle aventure vers la France et prend l’avion. J’aurais pu fermer les yeux sur ce détail mais… non. Ca m’a choqué à un tel point que… non. A ce moment précis du film, on a le droit à une Lucy survoltée, qui pianote sur deux ordinateurs en même temps. Où qu’elle les a achetés ? Quand ? D’où elle a trouvé tout ce qu’elle traite comme information avant de décoller ? Personne ne dispose de ces précieuses réponses, mais toujours est-il qu’on a le droit à une boucle d’une animation de ses doigts qui tapent à vitesse régulière le clavier et le touchpad de deux ordinateurs portables en même temps (eh oui les gens des effets spéciaux, je vous ai vus, essayez pas de faire votre travail à moitié), et… Non. Non, parce qu’aucun ordinateur sur Terre n’a la capacité d’aller aussi vite qu’ils vont là. Parce que les écrans n’ont pas un temps de réaction aussi court. Parce que les claviers non plus. Parce que ce n’est pas non plus possible de lire deux choses (et encore moins d’écrire deux choses) en même temps, ce qu’elle fait allègrement (ceux qui diront “hémisphères droit et gauche”, je les tape. Vraiment). Mais bref, alors que son avion va atterrir (et qu’elle refuse d’arrêter son travail malgré les demandes insistantes du personnel de bord), surprise : elle se… dématérialise. Elle court donc aux toilettes sous les cris désespérés du personnel d’aviation et y reste pendant l’atterrissage. Perso, moi, je l’aurais laissée dans les toilettes tranquillement au lieu de lui crier dessus. Mais c’est eux qui voient. Elle prend donc un peu de drogue-bleue-magique et rebelote ! voici les effets spéciaux de l’intérieur de son corps qui reviennent. Sérieusement ? Mais malheureusement, elle s’évanouit dans les toilettes et se réveille finalement attachée à un lit à l’aéroport où l’attend – surprise – le capitaine Del Rio. Bon, à ce détail près que, à ma connaissance, il n’est pas possible d’ouvrir les toilettes d’un avion de l’extérieur. Mais si on commence à chipoter, hein… Pendant qu’elle dort (encore), on apprend qu’elle a été sédatifiée et qu’elle ne se réveillera pas avant des jours. En même temps, les autres mules se font arrêter partout en Europe et sont rapatriées en France par avion. Bah oui, voyager avec un ventre mal recousu et un sachet de truc bleu super dangereux dedans c’est tout de même rigolo, alors pourquoi pas quelques heures d’avion de plus ? Sans doute les chirurgiens étrangers ne sont-ils pas aussi compétents. Enfin, vu ce qui arrive ensuite, ils auraient mieux fait de rester là-bas. Mais qu’importe, encore une fois. Maintenant, un petit jeu surprise : que se passe-t-il ensuite ?

  1. On suit un autre personnage pendant quelques jours, le temps que Lucy reprenne conscience (mais pourquoi l’avoir droguée ? Franchement, pourquoi ?)
  2. Elle se réveille grâce à son super cerveau capable d’éliminer le sédatif.

Si vous avez répondu “un”, alors vous êtes un peu trop intelligent pour ce film (quelle ironie !), sinon, félicitations, vous êtes compatible, et je m’inquiète beaucoup pour vous. Du coup, puisqu’elle est toute réveillée – et sans doute très dangereuse, hein – toute la police lui tombe dessus, avec le brave capitaine au milieu. Et là, d’un coup de “doigt de Jedi”, elle fait tomber tout le monde par terre. Expliquez-moi d’où son cerveau peut contrôler les corps des autres ? Bref, elle demande innocemment au capitaine d’être bien galant et de lui donner toute la drogue des mules. Ça ressemble à :

– Je peux avoir la drogue pour mes expériences ?
– Non.
– SITEUPLE :c :c :c
– Ouké. On va la chercher à l’hôpital ?

‘Voyez, comme quoi, pas difficile d’obtenir ce qu’on veut (ou alors peut-être que le fait que ce soit Scarlett Johansson influence un peu les choses, allez savoir). Direction donc la voiture, et là, le cerveau de Lucy a fini d’installer la mise à jour, et elle peut maintenant… lire dans les ondes électromagnétiques. Non mais à ce niveau là, que ne fait-elle pas ? (qui a dit “le ménage” ? Parce que c’est sexiste. Et pas drôle). Et là, grâce à la force du destin (ou par l’action du Saint Esprit), elle déniche dans ce flot d’informations pile ce qu’elle voulait : une conversation de Jang qui est en Corée et qui veut se venger puisque Lucy a eu la mauvaise idée de détourner les mules.

Lucy qui lit les conversations téléphoniques

Voilà Lucy qui lit dans des traits bleus censés représenter les appels téléphoniques. Mmmh, je trouve ça bizarre personnellement.

Elle prend donc le volant (elle qui n’a pas le permis, sûrement son cerveau a-t-il trouvé un exemplaire du code de la route dans l’avion) et part en vitesse. Sauf qu’en plus d’attirer l’attention des chinois coréens, elle attire même les policiers. Et au lieu de leur dire que “vous inquiétez pas, mon cerveau a eu le permis cette nuit alors que j’étais dans l’avion”, elle décide qu’il est plus intelligent de se lancer dans une double course-poursuite et utilise donc les bornes routières pour mettre toutes les Peugeot hors service (c’est vrai que des renforts, contre une armée de chinois coréens, ce serait inutile). Qui a dit “attends, ça me rappelle un peu Watch_Dogs” ? Parce que moi aussi en fait. Mais à mon avis, Luc s’imagine que les gamers ne sont que des cons dans leur chambre qui ne sont pas assez intelligents (encore…) pour aller voir ses films…

Au même moment, les chinois coréens, qui sont tout de même très rapides, arrivent à l’hôpital armés d’une grande soif de vengeance (et de pistolets mitrailleurs, aussi). Ils tuent donc tout le monde (même les policiers allés chercher des kebabs), et récupèrent la drogue dans les mules. Petite parenthèse : je me demande pourquoi ils ne voulaient pas les tuer à l’origine, après avoir récupéré la drogue, puisque c’est si simple ? Je ne pense pas que ce soit par gentillesse, mais alors pourquoi ? Nos deux joyeux lurons arrivent, pendant que les hommes de main de Jang charcutent opèrent leurs mules. Leur chef leur demande donc de tuer tout le monde (enfin, tout le monde, c’est un bien grand mot, puisque, je vous le rappelle, Lucy a tué tous les hommes de la police qui étaient sur le coup, sauf Del Rio). Et là, elle pourrait faire comme avec les hommes de Del Rio, hein. Mais non. Ce serait trop court. Déjà que le film est pas long, ce serait bête de le rapetisser encore plus. Alors elle fait un mur invisible (comme pour les mimes, mais apparemment vrai dans notre cas) dans lequel rentre violemment le chef des méchants-pas-beaux. Voilà, trop simple de le faire tomber par terre. Et les hommes armées ? Elle les fait s’envoler. Bah oui, et pourquoi pas ?

Pourquoi pas ?

Ceci est destiné au scénariste du film. D’où tu trouves qu’on peut faire apparaître un mur transparent comme ça, grâce à ton cerveau ? Sûrement un truc avec les molécules d’air… Bah oui, c’est vrai, il fait -216°C dans cet hôpital (pour ceux qui n’auraient pas compris, c’est la température de fusion de l’air). Et puis d’où tu trouves qu’on peut faire s’envoler les gens ? D’où on peut inverser la gravité pour certaines personnes ? D’OU ON PEUT CONTRÔLER LA GRAVITE ? Ah oui, c’est vrai, on peut pas.

Du coup elle repart. Non, elle ne tue personne ? Mais à quoi bon, après tout ? Ce ne sont que des meurtriers qui n’ont qu’une envie : la tuer, elle ! Ah, l’intelligence supérieure, c’est trop compliqué pour moi. Mais alors qu’elle se dirige au centre de recherches (où est Norman, pas celui qui fait des vidéos, hein, le professeur), elle croise qui donc ? Jang, qui passait par là. Mais non, elle ne fait rien. Et lui non plus. Parce qu’elle ne le remarque pas. Vous y croyez ? Non, elle n’a pas pensé à lire dans ses pensées. Mais d’un autre côté elle n’a pas tout à fait tort puisque je vous rappelle qu’il était en Corée il y a encore dix minutes.

A ce niveau du film, je me dis que je préférerais encore devoir jouer toute ma vie à Counter-Strike avec des polonais, voire des russes, que de continuer. Mais ce serait con de pas vous décevoir jusqu’à la fin.

Finalement, après un peu de route, la joyeuse équipée arrive au “centre de recherches”. Certes, ça veut pas dire grand chose, mais Besson (ou du moins son scénariste) avait besoin d’un mot pas trop compliqué pour dire “endroit important et surtout hyper sensible avec des choses épiques qui peuvent arriver là-bas”. C’est chose faite. Notre Lucy parle donc pour la première fois en vrai au professeur Norman – qui a pour le coup rassemblé des copains chercheurs à lui. Par la suite, on se demandera vraiment à quoi ils servent. Mais pas pour le moment. Enfin, en fait, si, ils servent à quelque chose : ils sont un bon prétexte – enfin, au moins un d’entre eux – pour montrer encore une fois les incroyables pouvoirs de Lucy, qui arrive à remonter dans les souvenirs du bougre et voir que sa fille s’est fait écraser par un taxi. Par contre, pourquoi elle arrive à voir dans les yeux du taxi, et non pas dans ceux du chercheur (c’est pourtant ses souvenirs qu’elle utilise), l’histoire ne le dit pas. Trop intelligent pour moi, encore une fois.

Bref, Lucy explique son plan : réunir toute sa connaissance (qui est bien entendu la plus grande de l’histoire de l’humanité) dans un ordinateur. Vous comprenez maintenant pourquoi je vous parlais de clé USB. Mais comment arriver à ces cent pour cents ? Bah, c’est facile : ingérer toute la drogue. C’est vrai, elle a déjà sûrement étudié l’effet qu’aurait sur son corps une telle dose prise en une seule fois, suis-je bête. Et puis comment se fait-il que les chinois coréens aient préparé pile la bonne dose de drogue ? L’histoire ne le dit pas non plus. Pas grave, je suppose. Le hasard fait bien les choses, dira-t-on. Enfin, grâce à la merveilleuse intervention de Norman, on sait au moins quelque chose :

Lucy Tu Comprendras

Bah. Bien sûr. Attends… explique-moi comment tu sais tout ça ? Etant donné que tes recherches ont été jugées “rudimentaires” par la femme à qui tu parles, comment peux-tu imaginer avoir raison sur un sujet aussi compliqué et sur lequel on ne sait rien ? Tu abuses un peu là. Petite note : c’est une affiche du film, notez bien les mathématiques en fond qui n’ont absolument rien à voir, et qui semblent avoir été posées là juste pour le plaisir. Non, c’est pas un tableau. Oui, les écritures flottent dans les airs. 

Mais malheureusement, en même temps, de l’autre côté de la porte, la bataille commence à faire rage. Mais comme la pièce doit être super bien insonorisée, Lucy ne remarque rien. C’est con, vraiment, parce qu’elle aurait pu tous les mettre par terre en un clin d’oeil, empêchant une super scène d’action finale à un film déjà court. Du coup, boum, bang, plaf, plouf, aïe, “chef, ne m’abandonnez pas ! / crève je m’en fous on en a d’autre des comme toi”, d’un côté, mais de l’autre, derrière cette porte (qui est pourtant pile bien placée pour prendre les balles perdues), rien ni personne ne sourcille. Lucy peut donc commencer sa tâche. Inutile de dire que les scientifiques font toujours du néant avec Norman. Ils observent donc Lucy, qui s’assoit sur une chaise, et commence à créer de la matière à partir de rien.

De la matière à partir de rien

Décidément, ils ont voulu finir en beauté. Je veux bien que ce soit de la science-fiction, mais bordel, non. Non. On ne peut pas transformer des molécules d’air en un circuit intégré, aussi intelligent soit-on. Ce n’est physiquement pas possible. Bravo, non, sérieusement, c’est bien les gars. On voit donc Lucy avoir son corps qui s’étend sous la forme d’une grosse masse noire et un peu tentaculeuse dévaster toute la pièce. Bah oui. Pourquoi ? Ah, bah parce que défoncer les fenêtres, les bureaux, les serveurs – qui doivent d’ailleurs contenir des années de recherche -, bah c’est important. Et pourquoi ? Parce qu’elle a besoin d’énergie. Alors, c’est vraiment, vraiment con, mais en fait l’énergie vient de la prise électrique. Ca sert à rien de manger des ordinateurs – et encore moins des bureaux qui n’utilisent pas l’électricité – si ce n’est pour avoir des pertes énergétiques. Surtout quand on a des prises électriques accessibles… C’est ridicule. C’est profondément ridicule. Et les scientifiques sont là, à voir leurs recherches mourir sous les attaques des tentacules de l’héroïne. Ils doivent, eux aussi, être sous héroïne, je vois que ça. Personnellement j’aurais déjà pété un plomb.

Et Lucy voyage dans le temps. Si si. Au moment où elle est le plus intelligente, elle voyage dans le temps et l’espace, va voir des dinosaures, voit le temps défiler devant ses yeux à New York, bref, elle fait des trucs absolument passionnants. Elle en arrive même au bout de l’univers. C’est dire. Mais là, alors qu’elle a presque fini…

  1. Jang débarque à travers la porte pour lui coller une balle dans la tête.
  2. Rien ne se passe.
  3. Elle meurt avant de finir.

Et… la bonne réponse était la première. Plus prévisible, tu meurs. Mais quelle n’est pas sa surprise lorsqu’il voit Lucy se dématérialiser sous ses yeux, et qu’il tire sur une chaise vide ! Et là, Del Rio débarque, et tire, lui, dans sa tête qui, elle, n’a pas disparu. Et une clé USB apparaît de l’ordinateur, qui disparaît à son tour. Del Rio ne comprend rien (vous vous rappelez de son métier ?), et reçoit mystérieusement un message de Lucy lui disant qu’elle est partout. Le film finit sur la phrase pseudo-philosophique suivante :

On nous a donné la vie ; maintenant, vous savez quoi en faire.

Et pourquoi le fait que tout ce que tu as fait nous aiderait-il à savoir quoi faire de la vie ? Alors que justement, le film explique que le but de la vie est d’évoluer le plus possible, sachant que chacune des vies n’est qu’un maillon de la chaîne de l’évolution, qui retransmet ce qu’elle a appris ?

Et en plus, avec tout ça, elle disparaît sans vraiment vérifier qu’elle n’a rien oublié! Si j’avais été là je lui aurais dit mais bon… Avec tout ça, chère Lucy, tu as oublié de répondre à la question que l’univers entier se pose : on dit chocolatine ou pain au chocolat ? C’est con doublier une question métaphysique de ce niveau, va tout falloir recommencer, ou, pire, y consacrer un Lucy II. Mais ne comptez pas sur moi pour vous le raconter.

Conclusion

Je… je sais pas si je dois appeler Lucy une catastrophe ou une perte de temps. Parce que non seulement il est plein d’incohérences, mais en plus Besson a réussi à battre le record de “je vous prends pour des cons” en une heure et quart. Et ça, c’est triste. Faire s’éviter les personnages alors qu’ils sont à dix mètres, c’est nul. Lucy qui ne veut tuer personne, c’est absolument pas crédible. Jang qui est con comme un pneu, ça l’est encore moins, dans ce milieu je pense pas qu’on puisse tenir une semaine avec ce genre de comportement.

Et le pire, c’est que Lucy me rappelle bizarrement un film. Enfin, dans l’idée (parce que dans la réalisation il était bien meilleur, huhu) : Limitless. Oui, alors c’était pas franco-américain, c’était seulement américain, c’était par Scarlett Johansson qui avait le premier rôle, Nelson Mandela n’était pas là non plus, mais au final le film était bien meilleur. C’était pas rempli de conneries sur la capacité humaine, ça essayait pas d’avoir une portée philosophiques, c’était juste un film sur un mec qui se droguait, et ça lui permettait d’être très intelligent. Mais pas plus que très intelligent : il ne pouvait contrôler ni la gravité, ni les esprits des autres, mais au final, on s’était pas ennuyé, et quelque part je suis sûr qu’on réfléchissait au moins un petit peu aux conséquences qu’aurait un homme à l’intelligence absolue sur Terre. Ce que devait faire Lucy, avec un plus gros budget, et une plus grosse pub. Et qui l’a malgré tout raté. Bravo Besson.