Vous n’avez pas besoin d’aimer le classique pour aimer Chopin.

Souvent, je croise ou rencontre des gens qui affirment “ne pas aimer le classique”. Et très souvent, ils ne se rendent pas compte de l’absurdité de cette phrase. Je veux pas être méchant, mais dire “j’aime pas le classique”, c’est un peu comme déclarer ne pas aimer tout (oui, tout) ce qui a été fait avant le vingtième siècle plus ou moins. Et ça fait beaucoup, beaucoup de choses.

Cependant, le but de cet article n’est pas d’être une liste de morceaux cool que vous pourriez aimer dans le classique, venant de diverses époques et de divers compositeurs. C’est une idée pas mauvaise, mais ce n’est pas le but. Le but c’est de vous parler de Chopin. Parce que c’est mon compositeur préféré et surtout parce que je suis sûr que vous pouvez l’aimer, et même sans connaître le classique plus que ça.

Mais pourquoi Chopin en particulier ? Eh bien, j’aime pas mal de compositeurs classiques. J’aime bien ce qu’a fait Bach, j’aime bien ce qu’a fait Liszt, Beethoven et bien d’autres mais Chopin a quelque chose de plus. Chopin joue plus, selon moi, sur les sentiments que tous ces autres. Et aujourd’hui ici je ne parlerai que des nocturnes (parce que c’est pas très long comme morceau, que c’est varié, et puis parce que c’est ce qu’il y a de plus simple à interpréter et à aimer selon moi). Comme le dit très bien cette page (vous devriez tout lire c’est plus complet que ce que j’écris) :

En composant les Nocturnes, Chopin élimine donc toutes les entraves pour atteindre un degré d’expressivité rare. Adepte de l’atmosphère feutrée et intimiste des salons privés plutôt que de la scène, il choisit naturellement le recueillement que permet la venue de la nuit pour faire la synthèse d’un monde sonore peuplé d’ombres et de voix lointaines chantant la mélancolie.

De plus, Chopin s’oppose également à l’invention de noms pour ces pièces par son éditeur, “le compositeur considérait cette intrusion comme contraire au goût et à l’esthétique : seule la musique devait prévaloir”. Et c’est ce que j’aime beaucoup, c’est à quel point ces morceaux peuvent réveiller vos sentiments et comment vous pouvez les interpréter à votre guise. Et je vous propose un premier morceau, il s’agit du Nocturne Op. 9 No. 2, que vous avez peut-être déjà entendu dans la version que Muse en fait (après “United States of Eurasia”, il s’agit d’une adaptation où ils ont ajouté des violons et une voix, ainsi que modifié certaines notes).

Vous entendez ici la version d’Arthur Rubinstein, c’est à dire celle que je préfère par son interprétation, mais vous en trouverez beaucoup d’autres sur YouTube notamment.

Et franchement, vous trouvez pas ça beau ? Cette légèreté, ces différents passages qui peuvent exprimer tellement de choses.

Et ensuite, vous avez celui-ci : le Nocturne No 20. Il ne fait partie d’aucun opus, et surtout il a été publié après la mort de Chopin, c’est pourquoi il est aussi parfois appelé Nocturne Posthume. Mais la question n’est pas vraiment là. D’ailleurs, si vous avez vu Le Pianiste de Roman Polanski, vous l’aurez sans aucun doute déjà entendu, lors des première et dernière scène du film.

Celle-là, selon moi, est encore au dessus de la précédente. L’utilisation des notes aiguës et des montées et descentes chromatiques, du passage presque hispanique aux allures de flamenco au milieu et la reprise du thème à la fin avec les montées de gammes de mi mineur font de cette pièce peut-être ma préférée de toutes celles qu’a composées Chopin de sa vie. Mais je ne les connais pas toutes.

Pour continuer, je vous propose le Nocturne Op. 9 No. 1, qui est très différent du numéro 2 mais tout aussi beau. Lui n’est pas une valse, mais a pourtant un côté… mélancolique peut-être. Je crois que c’est quand on essaie de faire un article qui décrit de la musique qu’on se rend vraiment compte à quel point mettre des mots sur des notes est difficile.

Pour finir, je vous propose deux derniers nocturnes : le Nocturne Op. 48 No. 2, et le Nocturne Op. 72. Vous n’êtes pas “obligés” de les écouter, je me suis dit que peut-être vous les apprécieriez moins, à cause de leur longueur et de leur possible impression de monotonie, que les trois premiers n’ont pas selon moi. Ils restent malgré tout des morceaux à écouter si vous aimez le piano, et que vous apprécierez sans doute !

J’espère que vous aurez apprécié ces quelques morceaux que je vous aurai proposés aujourd’hui. Evidemment, je n’ai ici présenté qu’une toute petite partie de son oeuvre, que cinq de ses vingt nocturnes, mais j’ai pensé que c’étaient les plus variées dans la forme, et que c’étaient celles que quelqu’un qui n’était pas forcément très connaisseur en classique pourrait apprécier sans s’en lasser. Si jamais vous voulez en écouter plus, vous trouverez sur YouTube de très nombreuses vidéos rassemblant des enregistrements complets de tous les nocturnes par de nombreux interprètes, et si vous voulez écouter d’autres choses de Chopin, vous savez comment faire une recherche !

Pour résumer, Chopin ? Difficile de résumer une oeuvre aussi diverse et aussi complète que la sienne. Et c’est ce qui fait que je l’aime. Il disait « La foule m’intimide, je me sens asphyxié par son haleine précipitée, paralysé par ses regards curieux, muet devant ses visages étrangers ; … » et à l’adresse de Liszt : « … mais toi, tu y es destiné, car quand tu ne gagnes pas ton public, tu as de quoi l’assommer. ». Et c’est ce qui fait sans doute que je l’aime tant.