“Marion, 13 ans pour toujours”, le harcèlement scolaire tue, et peut-être que ça permettra à certains de réaliser son existence.

MarionPour une raison que j’ignore, chaque année, pendant l’été, il me prend une grande envie de lire. C’est d’ailleurs cette envie qui m’avait fait acheter mon Kindle l’année dernière. Voici donc comment, récemment, lors de mon habituelle recherche de livres à lire estivale, j’ai trouvé un ouvrage qui me semblait intéressant : Marion, 13 ans pour toujours (et puis il faut le dire la fille sur la couverture est jolie ce qui attire l’œil), un livre sur le harcèlement scolaire / sur Internet / moral qui a eu un certain retentissement puisqu’il a été écrit après le suicide de Marion, 13 ans (mais je suis sûr que vous aviez deviné qu’elle ne s’appelait pas Gudule et n’était pas une quinquagénaire).

Alors quoi ? Pour être honnête, je prenais quand même avant de l’ouvrir, ce livre pour une demi blague. C’est pas gentil, certes, mais généralement ce genre d’hommages posthumes a plus pour but d’écouler des titres et de faire pleurer que de montrer véritablement un défaut ou faire avancer une cause (souvenez vous de Deux petits pas sur le sable mouillé…). Mais je dois reconnaître avoir eu tort (j’irai d’ailleurs me repentir de ce jugement trop rapide ce soir). Bien que un peu répétitif parfois, un peu subjectif (comment ne pas l’être ?) et pas forcément aussi bien écrit qu’un roman d’un grand auteur tel Marc Levy EL James Rick Riordan Honoré de Balzac, c’est avant tout l’intention qui compte (rappelons que cet adage peut être très utile si vous n’avez rien d’autre à offrir à un ami pour son anniversaire que le DVD de Divergente ou le dernier album de Black M).

Parce que même si c’est écrit comme on parle (n’oublions pas que c’est un témoignage), c’est le fond qui compte et non pas la forme (ce livre s’oppose donc majestueusement à Cinquante nuances de Grey, le livre où c’est bel et bien la forme qui compte puisqu’il n’y a aucun fond). Mais trêve de plaisanteries, pourquoi vous en parlé-je ?

Pour plusieurs raisons. Déjà parce que les histoires de cette Marion Fraisse ne me sont pas étrangères (d’ailleurs sincèrement, ça m’étonne que dans tout le livre jamais une plaisanterie n’ait été faite à propos de son nom, quand on sait que moi on m’a fait pendant toute mon enfance des blagues rapprochant mon nom et celui d’un fruit rouge – enfin un fruit de couleur rouge, cinq secondes devraient être suffisantes pour déterminer le quel c’était), j’ai été en sixième victime de plus ou moins la même chose qu’elle (#fragilité). Je ne suis pas là pour me plaindre mais ce livre montre quelque chose qu’apparemment très peu de gens réalisent : l’incompétence et le je-m’en-foutisme général du personnel d’accompagnement scolaire, notamment au collège. Combien de fois je me suis fait agresser ou insulter, combien de fois je suis parti à la vie scolaire dans le but de trouver le réconfort d’au moins une plainte déposée, combien de fois j’ai vu un surveillant à deux mètres ne faire absolument rien en cas de problème ? Les gens, vous êtes des adultes. Et même si vous êtes des surveillants, ce qui signifie sans doute que vous avez raté vos études et votre vie vous avez de l’autorité sur ces problèmes ambulants que sont les élèves cons. En tout cas vous êtes censés. Et pareil pour les CPE, qui n’ont absolument jamais rien fait (ah si, un coup on m’a donné un papier à remplir pour déposer plainte. Il paraît qu’on a donné le même aux palestiniens, on voit comment ça a été utile). A ce niveau là, ce livre est un vrai plaisir. On se rend compte qu’on est pas les seuls à s’être cogné à une politique de l’autruche comme le dit Nora Fraisse : “on va voir”, “on va s’en occuper”, “on est au courant de ces éléments perturbateurs”. Bizarrement, ils sont encore là un an plus tard. Et on se rend surtout compte qu’il y a eu pire que notre cas. Et on a mal lorsqu’on pense qu’il y a peut-être encore pire, aussi difficile que ça puisse paraître à la lecture de toutes les mauvaises expériences qu’a vécu cette fille.

Et je sais que vous êtes nombreux à vous dire “oui, mais c’est un cas très rare”. Malheureusement, ce genre de comportements est encore d’actualités, ce genre de vies (si tant est qu’on puisse appeler ça une vie) existe encore, comme nous le montre le blog Losers et alors, qui recense les témoignages d’anciens ou d’actuels “losers” qui ont eu la mauvaise idée d’être différents des autres et de préférer s’affirmer en tant qu’eux-mêmes plutôt qu’en tant que produit de la société de consommation et d’uniformisation.

Bref, ce livre, bien qu’un peu cher à mon goût (seize euros pour cent quatre-vingt-douze pages, ou douze euros pour le format Kindle, ça fait mal), vaut le coup d’être lu. Déjà parce qu’il parle d’une cause que relativement peu de gens connaissent ou que beaucoup préfèrent ignorer (même les profs qui pourtant devraient se sentir concernés, comme le montre encore une fois le livre), et que personne ne mérite de vivre ce qu’elle a vécu. Ensuite parce que ces quelques chapitres, ce récit du point de vue de quelqu’un d’autre que celui de l’enfant, montre qu’on a encore beaucoup à apprendre en matière de communication et d’éducation dans notre société et qu'”il est étrange de constater que dans notre société actuelle empreinte de technologies et de modernité, il est parfois plus difficile de communiquer avec ses proches, ses amis, ses collègues, qu’avec des inconnus, par le biais des blogs ou bien des pages Facebook, et ceci en dépit d’une pensée générale et omniprésente, qui nous confirme chaque jour que nous sommes dans une ère de communication et d’échanges!” (je rends hommage dans cette dernière phrase, à une grande penseuse du vingt-et-unième siècle. Les vrais savent de qui il s’agit).