Antidépresseurs, racisme et cérémonie de remise de prix : découvrez This Unruly Mess I’ve Made, dernier album en date de Macklemore. 

Note : cet article a été écrit très peu de temps après la sortie de l’album mais j’ai… raté le bouton Publier. Et je l’ai pas publié. Je suis pas doué.

S’il y a bien un rappeur que j’apprécie énormément pour ce qu’il fait, c’est bien Macklemore. On connaît presque tous Macklemore, probablement par “Thrift Shop” pour certains, ou par “Can’t Hold Us”, mais certains autres, amateurs de rap savent sans doute que ce ne sont pas les seules chansons de Benjamin Haggerty qui valent le coup. En fait, ces deux chansons sont sorties sur son premier album, The Heist, sorti en 2012. Il faut savoir que Macklemore revient de loin, qu’il a longtemps été drogué et alcoolique, et qu’avant il a sorti The VS, un incroyable EP, mais je reviendrai sur tout ça dans un autre article parce que, quand même, il faut en parler. Mais c’est pas le but ici. Le but, ici, c’est This Unruly Mess I’ve Made, son nouvel album. Qu’en fait j’attendais pas du tout parce que j’étais pas au courant.

En fait, pour être honnête, j’avais un peu peur. Je craignais que les nouvelles chansons soient plus “détendues”, plus cool, moins engagées. Il ne faut pas oublier que c’est le Macklemore alcoolique et drogué qui a écrit “Otherside”, qui reste pour moi sa meilleure chanson de tous les temps. Le Macklemore clean, il est plutôt dans l’egotrip et dans les trucs du genre de “Thrift Shop”, vous voyez. Après un premier EP fantastique, il sortait The Heist, déjà plus dilué. Et ma crainte légitime était que ce troisième album serait plus dans la détente que ce que Macklemore était avant. Heureusement, ce n’est pas le cas.

Bien qu’on retrouve certaines chansons comme “Downtown” (après les friperies, il se met aux mobylettes) ou encore “Let’s Eat” où il (me) déçoit par son manque d’engagement, l’album est réussi. D’attaque, avec “Light Tunnels”, où il raconte la cérémonie des Grammy Awards, où il avait gagné contre toute attente, et qu’il décrit comme presque surréaliste – mais aussi comment tout est faux et tout n’a qu’un but : l’argent. D’autres, comme “Kevin”, rendent hommage à un de ses amis, décédé d’une overdose. Après Pimp C dans “Otherside”, c’est maintenant Kevin qui a succombé suite à une overdose d’antidépresseurs. En fait, ce qu’on apprend (ou en tout cas ce que j’ai appris) c’est que les Etats Unis souffrent d’une sévère addiction à ces médicaments et qu’ils sont la cause de beaucoup de décès par an, et que, ce n’est pas rien : les Etats Unis consomment 99% de la vicodine mondiale. Rien que ça. En alternant refrain chanté et rap comme on les aime, Macklemore et Leon Bridges arrivent à refaire passer le même message qui était passé dans “Otherside”, bien joué.

De même, dans “Need to Know”, en featuring avec Chance The Rapper  (!), il évoque le problème dans l’oxycodone dans la jeunesse américaine, oxycodone qui fait des dégâts chaque année (anecdote : elle était censée être sans effet addictif… Enfin c’est ce qui a été dit lors de son lancement). St Ides est aussi pas mal, dans la simplicité de “la vie, c’est bien” (mais c’est aussi une réflexion sur sa propre vie et sa propre expérience, ses souvenirs de jeunesse, entre autres liés à l’alcool).

Le problème, c’est que la forme n’est pas toujours idéale. Souvent vu par un rappeur pour hipsters par certains, il est vrai que des fois on se demande un peu ou il va, et sa manière de dire les choses n’est pas forcément ni intéressante, ni mémorable. Malgré tout, à mon avis, son style reste présent.

Et c’est exactement ça que j’espérais. Avec “Growing up”, en featuring avec Ed Sheeran (un morceau où il s’adresse à sa fille et où il lui déclare tout son amour) ou “Brad Pitt’s Cousin” – totalement dans un autre style, je perdais cet état d’esprit que j’appréciais. Mais heureusement, l’alcoolique est encore un peu là, et il se souvient de ce qu’il a vu et vécu.

Mais c’est pas tout. Et ce qu’il reste est peut-être le plus important. Macklemore remet le couvert sur “White Privilege II”. Après avoir posé des questions pour la première fois en 2005 sur le rapport entre société américaine et racisme, la suite arrive, plus de dix ans après. Et cette chanson, bien que longue, pose les questions qu’il fallait. Après les événements de Ferguson, une telle chanson semble adaptée, en plus d’être parfaitement écrite, comme à l’habitude.

I can book a whole tour, sell out the tickets
Rap entrepreneur, built his own business
If I’m only in this for my own self-interest, not the culture that gave me a voice to begin with
Then this isn’t authentic, it is just a gimmick
The DIY underdog, so independent
But the one thing the American dream fails to mention
Is I was many steps ahead to begin with

Au final, si on peut reprocher beaucoup à Macklemore- notamment le fait d’être éloigné des racines du rap- le fait est qu’il se démarque du reste des rappeurs de son époque par le fait qu’il tente de changer quelque chose. Rares sont ceux qui essaient d’avoir une influence positive sur leur public, en faisant passer un message, que ce soir sur les conséquences alarmantes des traitements antidépresseurs ou sur le fait que, oui, le White Privilege existe bel et bien. Et si parfois dans la forme on peut trouver ça pas forcément idéal, à la manière d’un Apple Plans en bêta, il nous emmène la ou il veut. Et qu’importe si ce n’est pas le meilleur chemin après tout.

S’il ne fallait en écouter que trois :

  • “White Privilege II”, pour le message, pour sa structure et pour le travail qu’il y a derrière.
  • “Kevin”, pour le message et la forme (le refrain est tellement… beau, et les couplets ne sont pas en reste)
  • “Growing Up”, parce que ça change. Un rap presque chanté, un registre différent de son habitude, et même une instru bien différentes des autres.

Et éventuellement deux autres pour la route :

  • “Need to Know”, PARCE QUE CHANCE
  • “St Ides”, parce qu’elle est tout simplement agréable à écouter !